Song-Kul à cheval et Ecotourisme

 

A peine le temps de se reposer dans la guesthouse à Bichkek que nous sommes partis pour 2 jours de trek à cheval dans la belle région du lac Song-Kul.

Inutile de rappeler qu’aucun de nous 3 n’était monté à cheval durant les 20 dernières années environ… C’est avec un poil (ou plutôt un crin) d’appréhension (mais nous aimons l’aventure) que nous débarquons dans le bureau de Jailoo, une agence d’écotourisme (voir le zoom en fin d’article) de Kochkor en claironnant que nous partons pour 2 jours à cheval vers le lac.

15_07_05 cheval 3

Ni une ni deux, nous voilà sur le dos d’un cheval à essayer de le faire avancer… Finalement, après quelques kilomètres, on ne s’en sort pas si mal ! Enfin c’est surtout grâce à notre guide qui, tel l’homme qui murmure à l’oreille des chevaux, se fait obéir au quart de tour.

Nous arrivons au premier petit camp de yourtes où nous passons la soirée et la nuit, au milieu des vertes prairies dans les “collines » (à 2800m d’altitude) des chevaux, des vaches, des poules, des ânes et des moutons. Bref, tous nos amis sont là !

Une sieste s'impose dans la yourte, pour les garçons
Une sieste s’impose dans la yourte, pour les garçons

 

Le lendemain matin, c’est reparti sur nos fidèles destriers, excepté le guide. En effet son cheval s’est enfui durant la nuit ; on finit par le retrouver plus loin. Pour être sûr que vous suivez, on repasse à quatre chevaux alors que nous n’en avions que trois. Mais cela sans qu’ils ne soient des chevaux de Troie car ils sont kirghizes et ils étaient quatre au début.

Passage d’un col à plus de 3300 m, les chevaux peinent moins que nous avec nos sacs à dos lorsque nous sommes à pieds !  Et nous apercevons enfin le lac Song-kul à 3000m, ses prairies fleuries, ses troupeaux de chevaux en liberté, ses camps de yourtes… Nous nous offrons même le luxe d’un et même plusieurs galops, quelle sensation agréable !

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Nous passons la seconde nuit dans un autre camp de yourtes plus grand cette fois. Les garçons font trempette dans le lac pendant que Camille les admire ainsi que le par-terre d’edelweiss qui entoure le lac. Nous admirons ensemble (précision utile pour la compréhension de l’article, Thibaut et Philippe sont sortis de l’eau) le magnifique coucher de soleil orangé rougissant voire jaunissant sur certains aspects.

15_07_06 coucher soleil

Retour sur Bichkek le lendemain matin pour un nouvel épisode à l’ambassade chinoise : le visa contrattaque.

PS : Ce trek a permis à Thibaut de rencontrer son homologue animal : le yack. En effet ceux-ci paissaient tranquillement en troupeau dans une des vertes et jolies collines. Hop on en profite pour valider notre 2ème défi : faire un selfie avec un animal autochtone !

15_07_05 yacks


 

Zoomnotre expérience de l’éco-tourisme à la kirghize

Impossible de visiter le Kirghizstan sans avoir entendu parler de son principal pourvoyeur de services touristiques, fonctionnant sur le principe de l’éco-tourisme : le CBT (community-based tourism). Lancé en 2000 à l’initiative d’une ONG helvète, présent dans tous les guides, toutes les villes, il ne doit cependant pas éclipser l’existence d’autres opérateurs spécialisés issus d’initiatives locales.

Jailoo, l’agence que nous avons contactée pour réaliser nos 2 jours de trek à cheval, est idéale pour illustrer le fonctionnement d’un réseau écotouristique. Tout un écosystème rentre en jeu et ici, la mécanique est bien rôdée ! Tout part du constat qu’il existe dans le pays des activités traditionnelles (utilisation du cheval, saison d’alpage en yourte, fabrication maison de crème, beurre, Kumis (lait de jument fermenté), productions artisanales d’objets en feutre, etc) qui perdent peu à peu de leur rentabilité économique, souffrant ici comme ailleurs de la concurrence d’autres moyens de production. Sans les dispositifs de protection qui existent notamment en Europe occidentale (appellations d’origine contrôlée, terroirs, pays, etc), ces savoirs-faire sont voués à disparaître.

La démarche écotouristique intervient alors, d’abord par la sensibilisation de la population :

 Ce que vous faites chaque jour depuis toujours, intéresse les touristes qui viennent au Kirghizstan.

Les bergers, fermiers, crémiers sont ainsi formés à accueillir des touristes et se mettent un peu à l’anglais. Ainsi, lorsque nous arrivons devant notre guide qui monte à cheval depuis qu’il a 3 ans, il sait très bien que nous n’avons aucune expérience de l’équitation, que nous avons certainement grandi dans une ville, et que nous sommes là en vacances pour nous amuser, bref que nous sommes des dangers publics.

La famille qui possède les chevaux a été prévenue de notre arrivée 2 heures auparavant, pourtant tout est déjà prêt pour le départ, nous avons juste le temps d’avaler un morceau avant de partir ! Notre guide est plutôt du genre discret et se contente pour l’essentiel de stimuler les chevaux qui ne sont pas très réceptifs à nos ordres maladroits. Après 3 bonnes heures de cheval, nous atteignons notre première étape.

Si le guide à cheval a complètement abandonné son activité de, mettons, berger, pour se consacrer au tourisme, la fermière dans sa yourte, elle, continue de faire ce qu’elle a toujours fait à l’alpage : récolter le lait, en transformer une partie en crème et en beurre, assurer l’élevage des bêtes. Depuis 10 ans cependant, sa production est consommée avec régal sur place par les touristes qui viennent à elle et qu’elle héberge dans une seconde yourte confortable à souhait. Petit-déjeuner expédié, après 2 heures de cheval nous atteignons pour le déjeuner une autre yourte où nous sommes accueillis de la même manière, avant de repartir pour atteindre notre dernier campement.

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Celui-ci, au bord du lac Song-kul, a plutôt une allure de plateforme où les agences se partagent les yourtes pour héberger « leurs » touristes. Dans ce village-vacances-yourtes, tout le monde parle anglais, les taxis sont en embuscade et les friandises industrielles apparaissent à la place de la crème et de la confiture maison.

Lendemain matin, comme prévu, un véhicule sort du néant pour nous ramener à Kochkor. L’organisation fut parfaite. Nous avons payé Jailoo au moment de commencer et la responsable de l’agence a laissé plusieurs petits paquets de billets au conducteur de taxi, qui les a transmis au guide, qui les a distribués au fur et à mesure dans les alpages. À noter que Jailoo était moins chère que le CBT (nettement), et contrairement à ce dernier nous a présenté une grille tarifaire récapitulant les différentes prestations comprises dans notre trek.

Voici comment les Kirghizes parviennent depuis 15 ans á capter un flux toujours plus important de touristes en l’utilisant pour renforcer et valoriser leur tissu d’activités traditionnelles et artisanales. Au passage, les touristes profitent de tarifs non prohibitifs qui sont accord avec les coûts en vigueur dans le pays et ne sont pas considérés uniquement comme des vaches à lait, ils sont accueillis comme des acteurs temporaires d’un système local.

Pour notre part, on adhère ! Pourvu que ça dure.

 

Retrouvez l’ensemble des photos de ces quelques superbes jours ici.

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